En attendant le retour de Gbagbo

PAYS : Côte d’Ivoire
DATE DE PUBLICATION : mercredi 16 janvier 2019
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

En attendant le probable retour de Gbagbo les Africains et particulièrement les Ivoiriens sont frileux. La CPI vient de décider de son acquittement. Mais sa remise en liberté est toujours suspendue à la demande du procureur, dans l’attente d’un nouvel appel. Une nouvelle audience aura lieu ce mercredi 15 janvier. Pendant ce temps, on suppute, on fulmine, on s’encourage. Et la question demeure : Gbagbo va-t-il sortir ?

Crédit photo : AP Photo/Peter Dejong, Pool


On attend Gbagbo comme on attend Godot

Gbagbo est attendu par une grande partie des Ivoiriens comme on attend un messie. Un messie qui viendra les sauver d’un mal. Au-delà de sa libération, c’est la libération d’un espoir, un désir de réconciliation. L’homme qu’on appelle sous plusieurs sobriquets « seplou », « le Woody de MAMA » pour ceux qui l’aiment bien et pour ces adversaires politiques « le machiavel des lagunes » ou encore « le boulanger », est vu par certains comme une sorte de Godot qui viendra sauver tout le monde et rétablir l’ordre.

Si Gbagbo vient

Si Gbagbo est libéré, c’est gâté à Yopougon*, les plus heureux dans l’affaire seront les tenanciers de maquis, bars et boîtes de nuit. Les Ivoiriens pro-Gbagbo n’hésiteront pas à envahir ces endroits pour exprimer leur joie. La dernière nouvelle de sa fausse libération avait déclenché une hystérie générale dans les rues de Yopougon, le fief de Laurent Gbagbo le mois de décembre passé. Une foule compacte avait envahi les rues en scandant : « Gbagbo libéré ! Gbagbo libéré ! »


Gbagbo « pissanssi »*

Gbagbo est sans aucun doute le président qui aura eu la côte la plus élevée auprès de la jeunesse. C’était d’ailleurs un argument du procureur McDonald auprès de la CPI qui estime qu’il est trop populaire. Eh oui ! Il est adulé par une partie des Ivoiriens. Quand on parcourt les grins de thé* les causeries sont dominées par les discours de l’époque Gbagbo et on rit à cœur ouvert. Gbagbo a traversé toutes les générations. De ceux qui sont âgés jusqu’à ceux qui ont 15 ans aujourd’hui. On connaît Gbagbo.

En attendant Gbagbo, on attend la prochaine audience !

*Un quartier populaire d’Abidjan
*Endroit où on s’assoit pour passer le temps
* « pissanssi » c’est un terme malinké pour chanter les louanges d’une personne courageuse et déterminée

Article initialement publié sur le blog de Jean Paul Soro

Il faut concevoir l’État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé […], revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime.

Max Weber

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