“Burkina dispose des ressources intellectuelles capables de suivre et d’analyser la crédibilité du processus électoral” ( Newton Ahmed Barry, président de la CENI)

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : lundi 3 août 2020
CATEGORIE : Articles
THEME : Société

Depuis quelques années, le Centre National de Presse Norbert-Zongo organise "le club de la presse", une émission de débat sur un thème d’actualité. L’innovation majeure cette année est l’institution depuis 1er Août 2020 d’un club de presse physique où les journalistes ont eu l’occasion d’échanger à bâton rompu avec l’invité du jour. Il s’est agi pour le président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), Newton Hamed Barry, de faire l’état des lieux et des perspectives des Élections couplées 2020.

Le 22 novembre 2020 maintenu

C’est la date retenue pour l’élection présidentielle et elle devra se tenir conformément à l’organigramme qui a été proposé dès le départ par la CENI. Le président de la Commission chargé des élections dresse à ce jour le bilan suivant : 2,3 millions de personnes enrôlées, 94% des communes recensées ainsi que 83% des villages au Burkina Faso. C’est la raison pour laquelle "la CENI se félicite du travail accompli et pense qu’elle devrait être reconnue comme telle plutôt que de lui assigner des responsabilités qui ne lui reviennent pas". Il a même tenu a montrer à la presse que le rôle de contrôle et de veille citoyenne ne doivent en aucun cas faiblir car les pouvoirs politiques dans la pratique, grignotent autant que possible le pouvoir de la Commission Électorale.

Des journalistes très alertes

Quant à eux, les journalistes ne se sont pas gênés pour adresser leurs questions et inquiétudes sur les enjeux de ces élections, sur la crise qui a secoué la Commission notamment sur la personne même du premier responsable de l’institution. Cela a permis de retenir certaines informations. D’abord, on a compris que certains partis politiques étaient sur-représentés au sein de la Commission, entraînant parfois des tiraillements dans le sens où eux le souhaitent. Ensuite, une des propositions sinon celle fondamentale faite par le président de la CENI était de dématérialiser le fichier électoral, en utilisant notamment la carte nationale d’identité comme instrument de votation, n’est pas passée à l’interne.

La CODEL et ses observateurs "piquets"

Pour Me Alidou Ouedraogo, président de la Convention des Organisations de la Société civile pour l’Observation Domestique des Élections (CODEL), le présent état des lieux dressé par la CENI est " à saluer" et à "encourager". "C’est l’occasion d’indiquer que la CODEL a prévu "3 000 observateurs et bientôt 4 000 pour l’observation des élections. Il y aura parmi eux 1 000 observateurs "piquets" qui seront sur les sites et bureaux de vote de la première à la dernière heure".

Quid de l’audit international du fichier électoral ?

Pour Newton Hamed Barry, l’audit du fichier électoral est une recommandation même de la CENI. Seulement, il regrette, dit-il, que l’opposition politique pose le problème d’un audit international, alors que le "Burkina Faso dispose à l’interne des ressources intellectuelles capables de suivre et d’analyser la crédibilité du processus électoral." Selon lui, c’est "s’infantiliser aux yeux des instances internationales sur cette question".

Quelles perspectives pour la Commission ?

Un des problèmes que rencontre la CENI est la question des morts déjà inscrits dans le fichier électoral. Le président regrette que le système actuel ne permette pas de soustraire ceux qui sont décédés et qui sont toujours inscrits dans le fichier électoral. Ajouté à cela, la problématique de la votation via la carte d’identité nationale sont les perspectives à étudier par la Commission et par les acteurs intervenant dans le domaine.

Quant à la question du report des élections législatives, la CENI dit ne pas comprendre la démarche et se démarque de cette option. "Que les responsabilités soient donc situées afin de cerner les tenants et les aboutissants de cette perspective".

Tout en saluant l’initiative du "Club de la Presse", les participants du jour ont marqué leur intérêt particulier pour ce format d’échanges et ont souhaité qu’il se tienne de manière plus fréquente.

Aristide OUANGRE

« Le rôle des intellectuels n’est pas de participer à la lutte pour le pouvoir. Encore moins de chercher à l’exercer. Leur rôle est, précisément, de se dessaisir autant que possible de tout pouvoir, de renoncer à l’exercice de tout magistère. Il n’est pas d’interpeller qui que ce soit. Il est de se faire, pour une fois, les maîtres de l’ascèse. »

Achille MBEMBE, historien et politologue camerounais in « Le lumpen-radicalisme et autres maladies de la tyrannie », publié dans le MONDE Afrique

img