Augmentation de salaire en Côte d’Ivoire : ADO veut-il redorer son blason ?

PAYS : Côte d’Ivoire
DATE DE PUBLICATION : mercredi 15 octobre 2014
CATEGORIE : Articles
THEME : Opinions
AUTEUR : Redaction

Ces dernières années ont vu certains États dans le collimateur de la récession économique (la Grèce, l’Italie, etc.). D’autres sont asphyxiés par la dette extérieure (la France avec plus 2 000 milliards d’euros). C’est donc dans ce contexte de marasme économique que la Côte d’Ivoire a décidé de soulager les fonctionnaires Ivoiriens par une augmentation des salaires de 12%. Plus de 170 milliards de FCFA seront répartis entre quelques trente mille fonctionnaires. C’est un ouf de soulagement dans un contexte de vie chère. Et nous souhaitons vivement que d’autres États soient contaminés par le syndrome Ivoirien.

Bonne volonté ou calculs politiciens ?

L’acte d’ADO est venu à point nommé. En effet, il y a seulement quelques semaines de cela que la commission réconciliation et vérité a entamé la phase de réconciliation du peuple Ivoirien. Même si pour les pessimistes ce fut un échec cuisant, on dira au moins que quelque chose a été fait. Alors le geste d’ADO, entaché ou pas de calculs politiciens, va certainement soulager l’ensemble des fonctionnaires Ivoiriens. Le bien-être social n’est pas en marge du droit du peuple dans la mesure où cela lui permettra de s’offrir des logements décents, une alimentation de qualité, gage de bonne santé sans laquelle toute initiative est limitée. Aussi est-il question d’une source de motivation en guise d’un appel à un meilleur rendement dans la fonction publique Ivoirienne.

Enterré la hache de l’inégalité

Cela pourrait aussi faire oublier un tant soit peu l’actualité Ivoirienne qui est marquée principalement par le jugement de l’ancien président Laurent Gbagbo et son épouse Simone Gbagbo, de Blé Goudé et d’autres compagnons de l’ex régime. Bien que la justice du régime actuel soit largement qualifiée de justice à géométrie variable, cela pourrait contribuer à unir les fonctionnaires ivoiriens qui se battront désormais pour le respect d’une même plate-forme revendicative. D’obédience Gbagbo ou Ouattara, l’essentiel reste cette victoire d’étape, cette augmentation.

Une duperie politique ?

Sincère ou pas, ce geste du gouvernement ivoirien est à saluer. Mais cela ne saurait occulter certaines interrogations objectives. En effet, nous sommes à seulement quelques mois de 2015, année de l’élection présidentielle. Alors osons croire que ce n’est pas une sorte de corruption anticipée des voix des électeurs. Espérons également que le Président Ouattara n’est pas animé par le seul souci de soigner son image face à l’opinion nationale et internationale qui le décrie pour sa justice dite des vainqueurs, alors que le peuple a droit à une justice équitable. Taxé de népotisme et de favoritisme, ADO ne veut-il pas, par son geste tromper tout simplement la vigilance de l’opinion ? Espérons le contraire.

L’État burkinabé a pris des mesures notables pour faire respecter les droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles, comme le droit international l’y oblige. Alors que le 1er juin se rapproche, nous espérons qu’il tienne sa promesse de fournir des services de planning familial gratuits et aille beaucoup plus loin afin de garantir que ces services soient véritablement accessibles, et ce de façon équitable, à toutes les femmes et les filles, peu importe où elles vivent, et que les autres obstacles qui entravent l’accès à la contraception, comme le manque d’information, soient éliminés grâce à une campagne globale de sensibilisation au niveau national.

Marie-Evelyne Petrus Barry, directrice d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale

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